AFFAMÉS DES INDES. Samedi 10 Juillct 1897. 10 centimes (e N°. 32* Année. N° 3261. Pour les Léon XIII et la Russie. Les négociations Gréco-Turques. Au Conseil Provincial. Les établissements d'aliénés. On s'abonne rue a a Beurre, 36, k Ypres, et Le JOURNAL D'YPRES parait le Mercredi et le .Samedi. Le prix de l'abonnementpayable par anticipation est de 5 fr. 50 c. par an pour tout le pays; pour l'étranger, le port en sus. Les abonnements sont d'un an et se régularisent fin Décembre. Les articles et communications doivent être adresses franc de port A I'adrasse ci-dessus. 4 tous les bureaux de poste du royaurae. L6j annonces coütent 15 centimes la ligne. Las réclames dans le corps du journal cofitent 30 centimes la ligne. Les insertions judiciaires1 franc la ligne Le3 numéros supplé- mentaires coütent 10 francs les cent exemplaires. Pour les annonces de France et de Belgique excepté les 2 Flandres) s'adresser A I'Agence Eavas Bruxelles, rue de la Madeleine n° 32 et A Paris, 8. Place de la Bourse. Listes précédenies 2517 fr. 58 Deridder-Poreye, Watou-Abeele 1 Sid. Hessel 1 L. Wallaert 1 M. Bouquet-Van Dromme 5 C. R. de D. 5 Emerence Winne 4 Cb. Verscbaeve 5 Anonyme 10 H. F. W. 25 Anonyme d'Ypres 50 En l'honneur du Sacré Cceur 20 La supérieure du couvent des sceurs de charité de Roulers 20 Lorsque, en 1894. Léon XIII tratja au clergé poloriais la ligne de conduite A suivre envers le gouvernement russe, des voix s'éle- vèrent, même parmi les catholiques, pour blamer cette manifestation politique du Souverain Pontife, qu'on disait imprudente, borsde raison, et trop ostensiblement favo- iable A i'autccrate, persécuteur des catholi ques polonais. Le Pape, de son cöté, laissa se calmer les ressentiments et, confiant dans les résuliats de sa politique, ne devia pas un instant de sa ligne de conduite. Les évé- nerrents viennent de lui donner complète- ment raison. DéjA en 1895. Léon XlIIavait obtenu Ie rétablissement de l'ambassade russe au Vati can. A peine M Iswolski fut-il arrivé A Rome, que les négociations en faveur des catholiques polonais commencèreiit. II est vrai, eiles tralnèrent en longueur, et l'on pouvait constater bientêt que, grAce A des influences bostiies qui se faisaient valoir au- près du Tear, la conclusion d'un modus vivendi n'était pas procho. Les intentions du Tsar cependant étaient (les meilleures, et, seule l'obstinalion du Saint Synode russe et des hauls tor ctionnaires du gouvernement impérial pouvaient expliquer ces retards. Vint alors le rappe! de M Isvvolski. et subitpnaent les choses cbangèr.ent de face. M Tscharikow, successeur de M. Iswolski, toy ba d'accord avec Léon XIII, dès le pre mier mois de son séjour A Rome, pour la nomination de sept évêques aux diocèses de Wilna, Luzk, Zytonierits, Seyna, Piock, Mohiloew et la Samogitie. II est vrai que ce n'est IA que le prenaier pas dans la voie des réformes, promise» par Nicolas II, lors de son avènement. Les catholiques ont trouvé d'ailleurs un defenseur ardent dans le prince Uchtomski. Bans son journal de St Pétersbourg, ii ne cesse de défendre la cause des Polonais catholiques. Se souciant bien peu des haines pil suscite et des intrigues qu'il provoque, e prince Uchtomski signale A Nicolas II, Partout oü il les rencontre, les vexations et es injustices dont souffrent les catholiques e a part des fonctionnaires russes. U a fait comprendre au Tsar qu'il est de l'intérêt eme de l'empire de mettre fin A cetle per- ?ul!°n inhumaine dont souffrent depuis s d un quart de siècle ces maiheureux onais. toujours prêts A reconnaitre l'auto- rité du Tsar et A Ia respecter, si l'on voulait leur donner les droits dont jouissent les autres sujets russes et si l'on voulait cesser de les emprisonner, de les déporter et de démolir leurs églises. Ajoutons que Nicolas II soupponnait A peine ces agissements des fonctionnaires. Lorsque, A son avènement, il promit de donner A son pays la liberté de conscience et la liöerté des cultes, il était sincère. Les orthodoxes et les bureaucrates russes n'ont pas permis au Tsar de réaliser ses bon nes intentions, lis ont élevé un véritable rempart entre lui et ses sujets. Les Polonais lui étaient représentés comme des rebelles dangereux et, A force de l'entendre répéter, il finit peut-être par le croire. Or, tout ceia a changé, grAce aux efforts du grand Pontife qui vient d'opérer le rap prochement entre ie Tsar et les Polonais et qui a ainsi puissamment contribué A la paci fication de cette malheureuse Pologne, déso- lée depuis tant d'années par les persécutions religieuses. On mande d'Alhènes au Times II parait que l'occupation de Kalabanca par les tures n'est pas une violation des ter- mes de l'armistice, cette ville étant dans la région assigriée aux tures, mais les habitants ignorant ca fait ont voulu s'opposer A l'entrée des troupes du Sultan. On mande de Constantinople au Morning Postau sujet de l'mdemnité, que les am bassadeurs ont approuvé les conditions sui- vantes proposées paria coraission financière: La Grèce paiera une indemniié de 4 millions de livres par annuités de 200.000 livres avec intéréts A 4 °/«>- l 7» sera puélevé sur cette somme pour constituer un fonds d'a- mortissement. Bans sa séance d'ouveriure le Conseil provincial a procédé A la constitution de son bureau qui est le même que pour l'année derrnère. Le discours de M. le Gouverneur a été consacré A l'élude de la lot sur les règle- ments d'atelier. La conclusion de ce discours démontre que la pensée inspiratrice de cette loi est une pensée de conciliation industrieiie, c'est-A- dire une pensée de paix et de progrès. Les chefs d'entreprise, dit M. le Baron Ruzette, ont généralement de bien lourdes responsabilitésilsengagent dans l'induslrie ou dans le commerce, leur avoir, leur tra vail, leur honneur industrieiie ou de com- merpants; ils sont comptables souvent de capitaux étrangers engagés dans leurs affai res ils ont des obligations A échéance fixe, qu'ils soienten gain ou en perte ils sont garants de la sécurité des ouvriers. Ayant A supporter toutes ces responsabilités, il est logique qu'on leur concède, en échan- ge, la liberté d'organiser A leur gré leur usine ou leur établissement commercial. D'autre part, les ouvriers sont dans une situation de dépendance qui ne leur permet pas toujours de faire cboix 'de l'atelier pressés par le besoin, et travaillant au jour le jour, ils acceptent la besogne sans se ren- dre un compte précis de l'élendue de leur engagement. De IA naissent des méconten- tements et des conflits. II est done équitable d'assurer aux ouvriers des garanties de ju stice et de sécurité. La loi sur les règiements d'atelier tend A établir l'harmonie entre les intéréts distincis, quoique solidaires, des patrons et des ouvrierselle laisse intacte l'autorité du pa tron, mais elie procure aux ouvriers la sau- vegarde-d'un règlement écrit. Cette loi con- trbuera, sans aucun doute, au maintien de de la paix sociale. Séance de Mercredi Le Conseil vote la prorogation, A l'année 1898, de ia perception de la taxe de 75 cen times additionnels au principal de la patente spéciale établie sur les bénéfices nets des sociétés anonymes. M. Albert Liebaert fait rapport au sujet de la participation de la province A la société internationale pour l'exploitation de chemin de fcr vicinal de Bruges-Zwevezeele. II conclut en demandant que la Députa- tionpermanente insisteénergiquement auprès des communes participantes afin qu'elles as- surentAla province une légitime part d'in- tervention dans l'exploitation de la dite ligne vicinale. Les conclusions du rapport de M. Liebaert sont adoptées. Dans la discussion du budget de la Justice, A la Cbambre des représentants, M. De Lantsbeero a fait. justice de la thèso socialiste de la reprise des établissements d'aliénés par l'Etat, dans un éloquent discours dont nous reproduisons les principaux passages. Je crois que la reprise par l'Etat ne servi rait qu'un intérêtcelui de quelques fonction naires, heureux de voir agrémenter de quelques qualifications nouvelles les titres qu'ils portent etdésireuxdevoiraugmenter leurs traitements. Elle servirait en second lieu, l'intérêt delafoule toujours croissante des aspirants aux fonctions publiques, qui, du coup, seraient multipliées au dela de toute prévision et au grand détri ment des finances publiques. La reprise servi rait,enfin, l'intérêt d'un certain fiombre de mé- decins sans clientèle qui, ne trouvarit sur qui expérimenter leur ignorance, voudraient, par autorité du gouvernement ét en qualité de fonc tionnaires publics, se voir investis du droit de trailer sinon de maitraiter, aux frais du trésor, les pauvres aliénés dont le soin leur serait confié. (Riresetmarquesd'approbation.) VoiiA, messieurs, les intéréts que l'on servirait Quant A l'intérêt des aliénés eux-mêmes, la reprise par l'Etat ne produirait aucun résultat dont on puisse se féliciter. L'Etat,en cette ma- tière plus qu'en toute autre, s'est toujours mon- tré d'une impuissance et d'une incapacilé qui n'a d'égale que la fécondité et les succes de rinitiative individuelle. Un regard sur le passé vous le montrera. Depuis la revolution francaise jusqu'cn 1815, de 1815 A 1830, de 1830 A 1850, en Belgique comme en France, qu'a fait l'Etat pour les aliénés Quelles lois a-t-il édictées Quels établissements a-t-il créés? Quels servi ces a-t-il organises Ecoutez un homme qui porte un nom illustre parmi les savants qui se sontoccupés des mala- die mentales. Je veux parler d'Esquirol. Voici l'extrait d'un rapport qu'en 1818 il adressait au ministre de l'intérieur de France, A la suite d'une inspection dont il avait été chargé Les aliénés, disait-il, sont chez nous plus maltraités que des criminels et réduits A une condition pirequecelle des animaux. Je les ai vus nus, couverts de haillons. n'ayant que de la paille pour se garantir de la froide humidité du pavé sur Iequel ils sont étendus je les ai vus grossièrement nourris, privés d'air pour respi- rer, d'eau pour étancher leur solf et des pre miers besoins de la vie. Je les ai vus livrés A de véritables geöliers.abandonnés a leur brutale surveillance... Je les ai vus dans des réduits infects, sales, sans air, sans lumière, enchainés dans des antres oü l'on craindrait derenfermer les bêtes féroces que le luxe des gouvernements entretient a grands frais dans les capitales. Cela se passait en France en 1818. Ecoutez maintenant qu'elle était Ia situation en Belgique en 1852. C'esl M. Ducpétiaux, dont personne ne contestera la competence,qui parle des asiles qu'il a visités Quelques-uns de ces réduits sont épouvan- tables, sans air, sans lumière, humides, étroits, pavés A la manière des rues, et quelquefois plus bas que le sol, dans des espècesde souterrains, comme dans l'hospice des femmes A Liège. Partout d'énormes verroux, des barreaux de fer, des guichets presque partout I'aspect re- poussant des anciennes prisons. L'Etat cependant, dès 1791, dans Ia déclara- tion des droits de rhomme et dans la constitu tion, avait fait inscrire cette maximeLes secours publics sont une dette sacrée. On l'a répété, sous des formes variées, plus pompeu- ses les unes que les autres, dans la déclarations de droits et les constitutions qui se succèdent. La conclusion pratique, elle découle de soi Que l'Etat, qui assume toute la dette, prenne aussi tous les biens Et de IA la mainmise de l'Etat sur eet immense patrimoine créé par la charité au cours de dix siécles. VoilA bien l'idéal rêvé l'Etat en possession de tous les biens, l'Etat gérant du bien des pau vres, l'Etat dispensateur dc tous les secours.Or, l'Etat a fait honteusenient banqueroute. Les pauvres ont été laissés sans secours, les biens ont été dilapidés et, de l'immense patrimoine des pauvres, il n'est resté, au bout de peu de mois, que quelque poignés d'assignatsLa convention elle-mêmc dut reculer devant son oeuvre. Fort heureusement pour la Belgique, la con- quête ne fut accomplie que lorsque déja le mal avait été reconnu et e'est A cette circonstance que nous devons d'avoir pu, mieux qu'en France, conserver une partie du moins du pa trimoine charitable fondé par nos pères. Et cependant qu'a fait l'Etat pour les pauvres, pour les malades, qu'a-t-il fait spécialement pour les aliénés La convention, le directoire, le consulat, l'em pire ont passé, la restauration est venue, nous sommes en 1818 et vous venez entendre Esqui- rol vous dire quelle était la situation des maisons d'aliénés. Nous sommes en Belgique, le régime hollandais a passé et, en 1832, M. Ducpétiaux vous apprend combien était lamentable la si tuation dans notre pays. Qui s'est levé alors L'Etat s'est-il réveillé S'est-il souvenu de la dette sacrée Non, c'est la charité chrétienne quia surgi du milieu des ruines, toujours féconde, toujours inépuisable. Cestelle qui partout a élevé ces établissements magnihques qui vous arrachaient, il y a un moment,eet aveu ils sont mieux maintenant! Out, ils sont mieux maintenant Ils sont mieux maintenant précisément paree qu'ils sont aux mains de la charité et que l'Etat a déserté une tache qu'il se sentait impuissant a accomplir. Est-ce l'État, par hasard, qui a créé elle in comparable institution, sans rivale au monde, que l'on appelle la colonie de Gheel? Elle est düe lout entière A l'inspiration chrétienne chaque rnaison y est un petit asile d'aliénës. Elle a traversé les siècles, paree que l'Élatn'a pas fait peser sur elle sa lourde main. Elle a vécu de religion et de liberté.

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Journal d’Ypres (1874 - 1913) | 1897 | | pagina 1