Mercredi 20 Avril 1898. 10 centimes le IV0. 33s Année. N° 3333. REVUE POLITIQUE. Ëspagne et États-Unis Au Sénat américain. Le flamand au Sénat. N0W Mil On s'abonne rue <tu Beurre, 36, a Ypres, et tous les bureaux de poste du royaume. La JOURNAL D'YPRES parait le Mercredi et le Samedi. Le prix de l'abonnement, payable par anticipation est de 5 fr. 50 e. par an pour tout le pays; pour l'étranger, le port en sus. Les abonnements sont d'un an et se régularisent fln Décembre. Les articles et communications doivenl être adrossés franc de port a I'adrosse ci-dessus. Les annonces coütent 15 centimes la ligne. Les réclames dans le corps du journal coütent 30 centimes la ligne. Les insertions judiciaires1 franc la ligne Les uuméros supplé- mentaires coütent 10 francs les cent exemplaires. Pour les annonces de France et de Belgique excepté les 2 Flandres) s'adresser k 1 'Agence Havas Bruxelles, rue de la Madeleine n° 32 et a Paris, 8, Place de la Bourse. Le con flit Mispano-Américain Vindépendance de Cuba, Washington, 17 Avril. La dis cussion des projets de resolution pi£- sentés par la majorité et la minorité de Ia Commission des affaires étran- gères terminée, le Sénat. a passé au vote. Un amendement du sénateur Turpie, démocrate, ajouté au projet de resolution de la majorité de la Commission, a été d'abord mis aux voix et adopté par 51 voix contre 37. Cet amendement dit que le gouverne ment des Etats-Unis reeonnait la Ré- publique de Cuba comme le gouver nement légal de l'ile. Puis le Sénat a voté l'ensemble de la resolution, avec ramendement Turpie,, par 67 voix contre 21. Voici le texte de cette resolution, qui sera maintenant soumis a la Chambre. Si celle-ci lie l'accepte pas en r emplace ment du sien, il fera l'objet d'une conférence interparlementaire entre les deux Assemblees, afin d arriver a la resolution conjointe qui devra être votéepar ellcs. La resolution du Sénat est ainsi conQue Aitendu que le peuple cubain est de droit, et doit être de fait, libre et indépendant attendu que la guerre que l'Espagne fait k Cuba est si nuisible aux intéréts commer ciaux et fonciers des Etats, quelle est d'une nature si cruelle, si barbare, si inhuaiaine, qu'elle impose aux Etats-Unis le devoir d'exiger que l'Espagne retire immédiatement de Cuba et des eaux cubaines ses forces de terre et de mer ce que, par ces présentes, le gouvernement des Etats-Unis exige d'eile le Président doit avoir, par les présentes, l'autorisation, le pouvoir et l'ordre d'em- ployer, si c'est nécessaire, toutes les forces de terre et de mer des Etats-Unis pour at- teindre ce but. Suit ramendement Turpie, recon- naissant la République cubaine. La Chambre des représenlants se réunira demaiu matin. Washington, 17 Avril. Le Sénat, adoptant la resolution de la majorité de la Commission, a voté aussi ramen dement Davis, por tan t que les Etats- Unis désavouent I intention d'exercer une souveraineté, juridiction ou con dole sur lile de Cuba, sauf pour la pacification, et qn'ils sont décidés a laisser ensaite le gouvernement et le contróle de l'ile a sa population. Un conflit est propable entre les deux Chambres, et Ton découvre déja les indices d'une vive lutte contre Ia reconnaissance, au moyen d une me sure legislative, de l'indépendance du gouvernement insurrectionnel. L'opinion d Madrid. Madrid, 17 Avril. Dans les cer- cles gouvernementaux, on considère le vote de la résolution du Sénat inter- venant le jour même oü les délégués de La Havaue se proposaient d'aller conférer avec les insurgés, comme un nouvel obstacle a une entente entre les anfagonistes et les insurgés a Cuba. New-York, 17 Avril. M. Polo de Reruabé, embassadeur d'Espagne, restera a Washington jusqu a ce que les resolutions du Congrès, quelle que soit leur forme définitive, aient été signées par le Président. Les nouvelles au Vatican. Rome, 17 Avril. Les nouvelles de Cuba, recues au Vatican aujour- d hui, sout peut-être moins mauvaises que celles des jours derniers. Elles diseut, en efïet, que les insurgés cu- bains se montrent moins rebelles a l'idée de s'entendre avec l'Espagne. L'évêque de La Havane et son cler- gé ont été invités a faire tout, leur pos sible pour calmer les esprits. On dit, d'autre part, au Vatican, que i'Ëspagne a adressé une note aux puissances pour protester contre les allégations contenues dans le Message du président Mac-Kinley, au sujet de l'explosiou du Maine. La première motion décisive, au point de vue da la guerre, qui a été adoptée, avanthier, parle Sénat américain, n'a réu- ni que quatorze voix de majorité. Ginquante et ua sénateurs, en effet, ont voté l'amende- raentde M. Turpie, reconnaissant la Répu- biiquu cubaine, tandis que treute-sept refu- saient de la sanctionner. L'opposition pacifique est done beaucoup plus forte dans le Sénat américain que l'on ne pouvaitie supposer. Da plus, un grand nombre da sénateurs, de ceux précisémeni qui se tiennent le plus k l'écurt des spéculu- tions politique» ou autres et quiappartienneut k la vieille classe possédante et agricole qui a fondé l'Union, ont tenu les discours les plus sensés. Dans une atmosphère surchauffée par les passions belliqueuses, plusieurs d'entre eux oni élevé courageusement la voix en faveur de la justice et de la raison, et ont réprouvé hautement les procédés dont on usait k i'égard de l'Espagne. II en est même qui ont fait l'éloge du gouvernement et du peuple espagnols. Le premier acte d'hostilité officielle du Sénat des Etats Unis k I'égard de l'Espagne aura douc été la reconnaissance du gouverne ment insurrectionnel de Cuba. Aux termes du droit international, ce gouvernement a désormais la faculté d'après les Amérieains, d'eniretenir des relations directes et régulié- res avec les autres Etats, de s'engager en engageant le peuple cubain, de signer des traités, d'émettre des emprunts, de jouir, en un mot, de toutes les prérogatives souve- raines. Or, c'est, si nous pouvons ainsi parler, un gouvernement sans domicile. II n'occupe non seulement aucune ville importante, mais on pourrait presque dire aucun point fixe sur les territoires dont il revendique la su prème disposition. C'est la première fois, croyons-nous.que le fait se présente et qu'un aussi monstrueux abus des fictions révolu- tionnaires pénètre dans le Code du droit des gens. Ces simples remarques suffisent k carac- tériser la portée morale du vote du Sénat américain. Après que cette première manifestation des volontés du Sénat a été acquise k quatorze voix de majorité seulement, nous le répétons la résolution donnant mandat au Président de la République de libérer le territoire de l'ile, même par la force, a été aussi votée, et, la bataille primitive étant gagnée, la majorité a été plus forte. L'oppo- sition pacifique, pourtant, n'a pas désarmé, puisque vingt et un sénateurs se sont encore prononcés contre la guerre. Comme les actes d'hostilité seront encore précédés de for- malités iudispensables, les constatations que nous verioris d'établir montrent que les Amé rieains sont loin d'être unanimes dans l'ap- préciation des véritables intéréts de la République et que, par conséquent, si les puissances européennes accomplissent la démarche qu'elles projettent, l'état actuel des choses peut encore se modifier favora- blement. Discours de M. Struye. M. Struye. L'amendement de MM. Dupont et consorts stipulait qu'en cas de divergence entre la portée du texte francais et du texte llamand, c'était le texte francais, eompris et adopté par les Flamands comme par les Wal- lons, qui devait prévaloir sur le texte flamand, qui n'avait été eompris que par les Flamands seuls, et auquel ceux-ci n'avaient assurément pas voulti, abusant de la bonne foi de leurs collègues wallons, donner une portée diver gente de celle du texte frangais. Cet amendement, concu dans les termes les plus concis, quelque raisonnable qu'il füt en lui-même, apparut alors k plusieurs comme une proclamation de la prééminence absolue de la langue frangaise sur ia langue flamande dans le domaine législatif. Au fond, il n'avait nullement ce caractère et il n'empêchait pas la loi de donner une trés large et trés légitime satisfaction aux revendi- cations de nos populations flamandes. II était de nature a concilier les intéréts des Flamands avec l'inlérêt et avec les droits de nos popula tions wallonnes. Cet amendement n'empêchait nullement que nos lois fussent dorénavant votées, sanction- nées, promulguées et publiées en langue fran- caise et en langue flamande Avec ramendement, partout oü l'un texte n'autorisait ou ne défendait rien que n'autorisat ou défendit l'autre, les deux textes n'en rece- vaient pas moins la même puissance légale. On se bornait k garantir que la volonté du législateur, telle qu'elle se trouvait unanime- ment déterminée et exprimée par tous les au teurs de la loi, dans le texte frangais, serait respectée la oü, par une erreur accidentelle, la portée littérale du texte flamand serait trouvée différente de celle du premier. On permettait ainsi k nos collègues wallons, aussi bien qu'k nos collègues flamands, de voter le double texte en toute sécurité. II n'y avait dés iors plus de grèves parlementaires a prévoir, ni de paralysie du pouvoir législatif a craindre. Le respect de la volonté du législateur était partout assurél'unité de la lol était partout maintenue, et dans la jurisprudence elle se trou vait être aussi bien garantie que par le passé. Cette unité nécessaire, sans laquelle il n'y a plus de sécurité dans les relations de la vie ci vile, était sauvé. Par cet amendement, que le juge connüt le flamand ou ne le connüt point, la loi demeurait pour tous la même dans son application. Du moment qu'en cas de divergence des textes, c'était le texte frangais qui, sous les meines conditions qu'antérieurement, ferait foi pour tous, le régime du double texte ne four- nissait plus aucune raison décisive ni pour exiger que, par tout ie pays, les juges connus- seut la langue flamande, ni pour exiger que tous les membres denos hautes cours de justice fussent versés dans la langue flamande comme dans la langue frangaise. Dés lors, pour nos compatriotes wallons, plus de cramte de se voir exclure des fonctions judiciaires, plus de crainte de voir leurs droits civiques méconnus et leur situation civile et politique amoindrie. Bref, cet amendement écartait le danger de voir s'exaspérer les querelles de races, qui, alimentées chaque jour, pourraient nous ame- ner k la séparation administrative pour aboutir a la dissolution de notre nationalité, cedont Dieu nous garde Mais si, par esprit de conciliation, j'eusse voté, en 1S97, ie projet aiusi amendé, avec coiuüien plus de satisfaction je voterai la loi telle que la Cuamore nous i'a retournee, telle que sa commission spéciale nous I'a faite 1 lul

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Journal d’Ypres (1874 - 1913) | 1898 | | pagina 1