CONGEB Samedi 7 Mai 1898. 10 centimes le N°. 330 Année. N° 3338. La guerre Hispano-Américaine. La fïèvrejaune. Italië. Les blés. On s'abonne roe u Beurre, 36, a Ypres, et a tous les bureaux de poste (its royaurae. Le JOURNAL D'TPRBS parait le Mercredi et le Samedi. Le prix de l'abonnementpayable par anticipation est de 5 fr. 50 c. par an pour tout le pays; pour l'étranger, le port en sus. Les abonnements sont d'un an et se régularisent fin Décembre. Les articles et communications doivent être adrossés franc de port A l'adresse ci-dessus. Les annonces coütent 15 centimes la ligne. Les réclames dans le corps du journal coütent 30 centimes la ligne. Les insertions judiciaires1 franc la ligne. Les numéros supplé- mentaires coütent 10 francs les cent exemplaires. Pour les annonces de France et de Belgique (excepté les 2 Flandres) s'adresser A \'Agenc.e Havas Bruxelles, rue de la Madeleine n° 32 et a Paris, 8, Place de la Bourse. Dimanche 8 Mai A MIDI, sur le kiosque de la Grand'Place, LA GRANDE FANFARE Programme: 1. Marche Parisienne, pas- redoublé. L. Ganne. 2. Les Palmes de la Victoire, gr4e marche triomphale. Hubans. 3. Brise Embaumée, mazurka de concert. Laynau. 4. Gr* Fantaisie Hengroise. Steenebrugen. 5. Vie d'Artiste, valse. J. Strauss. Un changement dans le plan de campagne américain. New-York, 5 Mai. Dans nos centres maritimes, on pretend avoir recu confirmation du bruit suivant lequel l'escadre espa- gnole du Cap Vert au lieu d'avoir tra versé l'Atlantique pour se rendre Porto-Rico, oü l'attendaient les Amé- ricains pour lui livrer bataille, aurait rebrousse chemin vers Cadix pour opérer avant tout sa jonction avec la nouvelle escadre en formation dont faitpartie le puissant cuirassé moderne Pelayo qui prendra la tête des deux escadres combinées pour se diriger enfin vers la cöte américaine et. enga ger la lotte contre Ia flotte yankee dans des conditions bien plus avanta- geuses qua Man idle. Si le fait est exact, il va en trainer un brusque changement dans le plan de campagne des Américaios. L'escadre volante, chargée d'arrêter lesvaisseaux espagnols sur la route "de Porto-Rico, va prendre les devants et s'emparer de Porto-Rico dès a pré sent. D autre part, l'escadre de l'amiral Sampson, faisant le blocus de Cuba, se contenterait pour le moment de tenter le débarquement de quelques milliers d'hommes sur lacóte cubaine, aux environs de Matanzas ou de Sangua-la-Grande, commeje vous le mandais'antérieurement. Et elle dif- férera une tentative d'invasion com pléte de la Perle des Antilles, jusqu'a l'arrivée de la double escadre espa- gnole de Cap Vert-Cadix, quelle s'efforcera d anéantir avant de procé der aux operations de terre. Encore une fois, il nest pas certain encore que l'escadre espagnole du Cap Vert ait viré de bord vers Cadix mais cette volte-face commandée par la prudence, parait d'autant plus pro bable, que l'escadre aurait déja eu le temps d'arriver depuis un jour on deux aux environs de Porto-Rico, si elle avait poursuivi sa course dans l'Atlantique. Or, son apparition n est encore signalée nulle part. Madrid, 5 Mai. On est inquiet pour leport de Saint Jean de Porto-Rico, vers lequel on a lien de croire que l'escadre américaine s'est dirigée pour saisir les dépots de charbons destinés a l'escadre espa gnole et pour s'emparer de la petite Anti lie. Le discours de lord Salisbury dans la réunion de la Primrose League, en raison de ses allusions aux nations décadentes et mal gouvernées vouées a disparaitre devaut les forts, a vive- ment indigné la presse madrilène. L'Impartial dit qu'on proclarae solen- nellementa Londres et a Washington comme licites le brigandage interna tional et la théorie que la force con- stilue le droit. On est toujours sans nouvelles de Manille et de Cuba. Madrid, 5 Mai. La fièvre jaune commence a faire des victimes a Cuba si les Américains débarquent des troupes en cette saison el les seront, décimées. Les dépêches de la Havane démen- tent que les obus de la flotte améri- caiue aient tué des Espagnols. Rome, 5 Mai. L'abolition du droit d'entréesur les blés semble avoir produit une bonne impression. On calcule que 1 Italië doit encore importer cent mille tonnes de blé avant la fin Juin. Ce matin, les nouvelles des provinces sont plus ras- surantes dans toutes les villes oü out éclaté des désordres, la direction de la süreté publique a été prise sans difïi- cuité par l'autorité militaire. L'Esercito italiano annonce que les blessures recues par les soldats dans les bagarres seront considérées comme celles en temps de guerre. Une manifestation motivée par l'iuigmentation du prix du pain aeu lii u a L:bourne. Quelques boulange- ries ontétéassaillies. Les manifestants on t été dispersés et l'ordre a. étérétabli. A Urbino, une manifestation s'est produitepour le même molii. A L'Ascoli Piceno il y a eu rassem- blement des paysans des environs, qui ont demandé aux négociants la diminution du prix du maïs. Ce ras se: nblement a été dissous. Quelques personnes ont été blessées legèrement dans un conflitavec la force publique. Grave question Nous constatons qu'k la suite des évènemems a'Amérique les blés haussent partout de prix. La France et l'Italie ont suspendu provi- soirementla perception du droit d'entréesur les blés. La Belgique n'a pas besoin de recourir k ce moyen, puis qu'il n'existe chez nous aucu- ne barrière h l'entrée des blés. Le droit de deux francs sur les farines étrangères sem ble ne devoir exercer aucune influence sur le marché. L'Alleroagne ne suspend pas le droit d'en- irée. C'est que sans doute son marché est suffisamment fourni puur pouvoir attendre la nouvelle récolte. Laguère nest cependant pas la seule cau se du renchérissement du prix des blés. 11 résulte en effet du rapport présenté par M. Méline au Président de la République fran- Caise au sujet de la suspension des droits d'entrée, que la récolte de fan dernier a été généralement mauvaise dans tous les pays. Nous avons pu mettre la main sur ce do cument, et nous le reproduisons. II est in- siructit h plus d'un titre non seulement pour la France, mais aussi pour notre pays. Monsieur le Président, Depuis quelques semaines, le gouvernement porte son attention la plus sérieuse sur la situa tion du marché des blés en France et k l'étran ger. Gettesituation, que notre récolte déficitaire de l'année dernière avait déjh rendue si pré caire, s'est subitemenl aggravée sous le coup de la panique provoquée par la guerre hispano- américaine. Comme c'est aux Etats-Unis que se trouvent les principaux stocks de blés disponibles, on a pu craindre un instant que leur circulation fut rendue impossible par les belligérants qui n'avaient adhéré ni l'un ni l'autre a la conven tion de Paris réglant le droit des neutres. Celte crainte est aujourd'hui dissipée et le blé peut continuera venirdes Etats- Unis sous pa vilion neutre comme par le passé, avec la diffé- rence d'un relèvement inévitable sur le fret et l'assurance. On pouvait croire qu'après les déclarations rassurantes des gouvernement américain et espagnol, qui enlevaient toute raison d'etre k la panique de la première heure, le marché allait retrouver son calme et revenir k des prix nor- maux. On pouvait espérer aussi que la culture apporterait sur le marché une quantité sufli- sante de blé pour enrayer la hausse. 11 n'en a rien été,et en quelques jours on a vu au contraire le p-ix du blé monter de 30 k 33 et même 34- fr. Gette hausse a été singulièrement encouragée etfovorisée par la couipagne systé- matique et violente entreprise coritre le gouver nement dans un but électoral et oü i'on faisait enirevoir tous les jours l'imminence de prix de famine. Ilen est résulté que ia böulangerie, qui jusque-Ik, il faut la reconnaitre, avait fait pr'euve de beaucoup de sang-froid et de mesure, a pris peur k son tour et s'est décidée k relever le prix du pain a Paris d'abord et ensuite dans les principaux centres des départements. Ces relè- vements étaient excessifs si i'on considère les approvisionnements en blés étrangers existant dans nos magasins ou en cours de route pour la France, et les réserves considérables des blés francais qui ne peuvcnt tarder a se présenter sur les marchés. Aussi, depuis quelques jours, la hausse est enrayée et la tendance a la baisse commence a s'accentuer. Malheureusement, cette baisse légère n'a pas suffi pour ramener le prix du pain a des cours raisonnables, et le gouvernement, qui a, au plus haut degré, le souci de l'alimentation publique, a dil se préoccuper des moyens d'y arriver. Tant qu'il a pu croire que les hauts cours du blé étaient factices et éphémères, il n'avait pas a intervenir mais la persistance de la hausse ne pouvait le laisser indifférent et, dès les pre miers jours de la crise, il a ouvert une enquête dans tous les départements pour se renseigner sur le mouvement des marchés, sur les appro visionnements de la culture et sur l'opinion des populations agricoles elles-mêmes. II est résulté de cette enquête que dans un grand nombrede départements la situation n'a pas sensiblement changé et que l'état de l'opi nion y est resté la même tout le monde y a compris que la hausse du blé était due a des fa- talités dont on ne saurait rendre personne res- ponsable, telles que la mauvaise recolle de l'an née dernière et la guerre imprévue des Etats- Unis et de l'Espagne. Dans d'autres départements, au contraire, oü les prix du blé et du pain se sont relevés plus vite et plus haut, les souffrances ont été vives et on a aemandé instamment au gouvernement d'y mettre un terme en suspendant temporaire- ment, en tout ou en partie, l'application des droits de douane. En ce qui concerne les stocks intérieurs exis tant encore, l'enquête a établi que dans le- grands départements producteurs de blé, ils étaient relativement considérablesmais es même temps elle nous faisait savoir qu'unn grande partie de ces stocks n'était plus la proe priété des agriculteurs, qu'ils avaient été ven dus par eux au commerce. Ces constatations étaient de nature a frapper le gouvernement, puisque l'agriculture se trou- vait ainsi en grande partie désintéressée dans la question ce qui ne l'a pas moins frappé et ce qui contirme ces renseignements, c'est que dans de nombreux départements, et surtout dans de grands déparlements producteurs de blé, ce sont les agriculteurs eux-'mêmes qui, par l'organe de leurs sociétés ou de leurs repré- sentants les plus autorisés, ont réclamé la sus pension ou la diminution temporaire des droits de douane. Dans de pareilles conditions, le devoir du gouvernement était tout tracé; il n'avait qu'a rester sur le terrain oü il s'est toujours placé en matière économique. II n'a pas cessé de dé- fendre de toute l'énergie de sa conviction, l'in- térêt des producteurs de blé et les droits qui les protègent. En le faisant, il a rendu le plus grand des services au consommateur car sans les droits de douane qui, en soutenant le cou rage de nos agriculteurs, ont provoqué depuis dix ans dans toute la France l'augmentation des ensemencements en blé et l'élévation des ren- dements, on aurait eu dans une année calatni- teuse comme celle que nous venons de traverser une récolte presque nulle et on aurait vu de véritables prix de famine. II ne faut done toucher aux droits de douane qu'k la dernière extrémité. Aussi le gouverne ment n'a pas hésité a résister avec énergie a la pression qu'on a voulu exercer sur lui au mois d'Octobre dernier pour l'amener a diminuer le droit sur les blés. II a pensé, k ce moment oü toute la récolte était encore aux mains de nos agriculteurs, qu'il serait d'une crainte injustice de leur retirerla protection de nostarifs doua niers au moment oü ils en avaient le plus be soin. II est a remarquer d'ailleurs que sides prix du blé et du pain étaient déjk élevés a cette époque, ils ne dépassaient pas les cours nor- maux qui ont été souvent et pendant longtemps pratiqués en France. Aujourd'hui, il faut bien le reconnaitre, la situation est toute différente et elle a empiré. Les prix du blé et du pain dans ces derniers PAR

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Journal d’Ypres (1874 - 1913) | 1898 | | pagina 1