Mercredi d Avril 1899 10 centimes le N°. 84e Année. N° 3431 Affaire Dreyfus Le crime de Lille Une parole du Saint-Père On s'abonne rue au Beurre, 36, a Ypres, et k tous les bureaux de poste du royaume. Les annonces coütent 15 centimes la ligne. Les réclames dans le corps da journal coütent 30 ceniimes la ligne. Les insertions judiciaires, 1 franc la ligne. Les numóros supplé- mentaires coütent 10 francs les cent exemplaires. Pour les annonces de France et de Belgique (excepté les 2 Flandres) s'adresser k 1'A.gence Havas Bruxelles, rue de la Madeleine n° 32 et k Paris, 8, Place de la Bourse. Le JOURNAL D'YPRES paraït le Mercredi et le Samedi. Le prix de l'abonnement, payable par anticipation est de 5 fr. 60 c. par an pour tout le pays; pour l'étranger, le port en sus. Les abonnements sont d'un an et se régularisent fln Décembre. Les articles et communications doivent être adrossés franc de port a l'adresse ci-dessus. Le Figaro doone la fin de la deposi tion de M. Cavaignac. M. C-avaignae s'explique sur le bordereau. II expose qu'au printemps de 94 on sut au ministère de la guerre qu'un officier de l'dtat major livrait des secrets. Un grand nombre d'offi- ciers furent surveillés. ües soupcons sur Dreyfus prirent naissance uon au bureau des renseiguements, mais au 4e bureau, oil I on recounut lecfiture du bordereau sur une feuille de notes. Les soupcons se portèrenl sur Drey fus. Quinze jours après on découvrait le bordereau. M. Cavaignac fait remarquer que M. Picquarl n'a érois aiicuu doutesur lauthenticite du bordereau. Dans la seance du 10 Novembre, sur luiterpellation du president, M. Cavaignac dit qu'il lui est impossible d'indiquer par quelle voie le borde reau arriva dans les mains de Henry, pour ne pas divulguer ce que 1 on appelle la voie ordinaire et le nom de l'agent. II dit cependantque le borde reau arriva en fragments avec d'autres pièces. M. Cavaignacestimc qu'il est impos sible que le bordereau ait été fabriqué par Henry, car Henry ne connaissait pas les secrets essentiels de letat ma jor. Sur unedemande du president, M. Cavaignac dit qu'antérieurement a l'arrivée de Dreyfus au ministère de la guerre, il y a eu des fuites au mini stère, mais pas a l'état major. Le bordereau désigne lui même son auteur comme étant un officier d'artil- lerie. Or, Dreyfus pouvait connaitre les renseiguements énumérés. M. Cavaignac declare que les ren- seignements complémentaires de l'en- quête prouvent ^existence de relations criminelles entre un officier de l'état- major et des attachés étrangers. M. Cavaignac rappelle ensuite les circonstances des aveux de Dreyfus, au sujet desquels il existe deux sour ces de preuves concordautes. s L'ancieu ministre conclut que rien, dans ces renseiguements ni dans les documents recüeillis.nepourrait infir- mer la condamnation, qui, au contrai re, est confirmee. L'affaire du crime de la rue de la Monnaie est entrée dans une nouv.elle phase et l'in- struction va se continuer maintenant devant la chambre des raises en accusation, hors de la portée des raagistrats de Lille qui onl si éirangement cherché k fausser l'opinion pu- blique. Et pour que, dans cette première partie du drame, il n'ait rien manqué k l'odieux, voici maintenant le sénateur Maxime Le- comte qui intervient et qui dénonce au garde des sceaux le Syndicat Flamidienet, k défaut de ce syndicat qui n'existe que dans l'imagination surexcitée de ce dreyfusard, les participants aux souscriptions ouvei tes par certains journaux de Lille et de Paris, dans le butd'araener la découverte du véntable cou- p a tile, cVsl k dire, en réalité, de contribuer a la recherche de lavériié. Vous n'ignorez pas, écrit il, les ou trages déversés chaque jour sur les magis trals qui, avec indépendance et courage, font leur devoir. Vous savez que M. Delalé, juge destruction k Lille, a été appelé, lortionnaire, barnum du crime, barnum du cadavre, tou ou criminel Qu'un jour nal a imprimé Les magistrals qui se sorit prêtés k de pareilles infamies sont les derniers des misérables et les plus ignobles cyniques et Ikches crapules qu'on puisse imaginer. Et encore Quand leur bêiise et leur ignorance nous jetteiont k la figure Torquemada, l'écho populaire leur répondra Delalé. J'ai l'honneur d'appeler également votre attention sur ce fait que des fonds sont réu- j nis par voie de sousaription publique dans j le but de découvrir le véritable coupable j du crime de la rue de la Monnaie. J'avais toujours pensé jusqu'ici que c'é- j tait piécisément la le róle de la justice, dans j notre pays comme dans tous les autres, et que ce service social essentiel étaitdoté des ressources nécessaires, C'est un signe d'a- narchie assez inquiétarif de voir ainsi les particuliers se substituer k l'Etat sous le prétexte d'accomplir mieux que lui les fonc- lions et les devoirs qui lui incombent. L'institut des Frères de la doctrine chré- tienne est puissamment riche et peut subvenir facilement k la dépense des honoraires des défenseurs et des eontre-experts, et on doit supposer que les souscripteurs ou ceux qui devront employer leurs fonds out un autre but que de remplacer la congrégation ou la familie du coogréganiste pour les dépenses de cel ordre. Vous croirez sans doute utile de doneer des instructions pour être suffisamment ren- seigné sur les agissements du syndicat qui se charge de l'eaploi de ces fonds de sous- cription. Vousjugerez également k propos, je n'en doute pas, d'aviser de vos renseignements votre collègue, M. le ministre de l'intérieur et des cultes car il serait inconvenable et intolérable que des fonctionnaires publics prissent part k une action si anormale et si suspecte. Je vous signale cependant que de irès nombreux mambres du clergé n'ont pas hésité k le faire. Vous aurez, j'en suis persuadé, la volonté et les moyens de faire tout rentrer dans l'or- dre, en rendant a la magistrature ce qui lui appartient, c'est-k-dire en assurant sa com pléte indépendance et le respect dü k ceux qui ne peuvent répondre aux suspicions et aux ouirages et accomplissent honnêtement la plus haute fonction sociale. Ce que nous relevons surtout dans la lettre délatrice du sénateur Maxime Lecomte, c'est le souci que lui cause la sauscription ouverte peur découvrir le vrai coupable du crime de la rue de la Monnaie. Et l'on se demandera pourquoi M. Maxime Lecomte peut avoir raison de dire que c'est un signe d'anarchie assez inquiétant de voir ainsi des particuliers se substituer h l'Etat sous le prétexte d'accom plir mieux que lui les devoirs et lesfonctions qui lui incombent Mais k qui la faute Pareille idéé serait elle venue k personne si l'on avait vu la justice remplir, en efFet, im- partialement les devoirs et fonctions qui lui incombent au lieu de s'obstiner k ne diriger aucune recherche en dehors de la voie oii tout prouve aujourd'hui qu elle s'est engagée k faux A eet égard, il serait par trop facile de retourner contre M. Maxime Lecomte ce qu'il ose avancer sans preuves sur la difficul- té d'une instruction dirigée contre un con- gréganiste. En réalité, c'est la défense qui voit sa lache rendue singulièrement difficile en pared cas. Pour quel autre accusé qu'un congréganiste, en efFet, aurait on multiplié ces actes raonstrueux de procédure lortion naire qu'on a justement reprochés au juge d'instruction dans la cause II suit de lk que les catholiques, contre lesqueiles se tourne toute Faction des forces de l'Etat, qui devrait leur assurer les garan ties de tout le monde, sont amends k ne pas reculer, même devant des moyens extraor dinair, pour préparer et assurer leur dé fense. Si l'utilité, k ce point de vue, de la souscription que nous avons ouverte avait encore besoin d'être prouvée, M. Maxime Lecomte, par sa lettre, se serait chargé de le faire. (La Vérité.) Auguste Roussel. Les délégués de la presse calholique ont été regus par le Souverain-Pontife, Samedi. Léon XIII s'est adressé aux journalistes beiges avec toute l'affeclion d'un père. II leur a exprimé ses tendresses et ses angoisses.Et, comme un père qui voit ses enfants aux ex- trêmes limites de la vie, il a tenu k leur dun ner ses derniers conseils. Parlant k un de nos confrères de la Ga- zette de Liége, le Saint-Père s'est écrié Ah! Liége! Vousêtesdans la lutte.lk-bas; vous êtes malheureusement divisés. J'ai appris qu'un socialiste avait été élu di- manche. II faut combattre les socialistes. Que taites vous dans ce but Nous travaillons et nous avons créé beaucoup d'oeuvres. II faut s'unir pour les combattre effica- cement, insiste le Pape. Et quelques instants après, l'auguste Pon- tife revenait k la charge, disant Les eatboliques doivent s'unir et se faire des sacrifices mutuels. Car, si vous vous di- visiez, vous ne pourriez pas résister, et le triomphe des socialistes serait un immense malheur Et ensuite encore, tandis que les délégués lui rendent compte de leur oeuvre, et jusqu'au moment de l'adieu, c'est toujours l'union que Léon XIII recommande... Ce pressant appel, tant de fois renouvelé par le Vicaire du Christ, sera entendu. Com ment les catholiques beiges pourraient-ils y demeurer insensibles Supposezque des frères, depuis longtemps brouillés. se rencontrent au chevet de leur vieux père vénéré. Le vieillard les supplie de se pardonner leurs griefs réciproques, d'oublier lout, de faire la paix. Comment ré sister k cette objurgation Est-il possible d'hésiter seulement? Ces frères vont ils, tout en protestant de leur amour pour la con- corde, défendre leur conduiie, ptouvér qu'ifs ont eu raison de se hair? L'un atiendta-t il que l'autre fasse les premières avances?Non! ils ne discuteront pas, ils ne raisonneront pas, ils échangeront en pleurant le baiser de la réconcilialion ils confondront leurs lar- mes sur le cceur de leur père. El le plus noble et le plus grand sera non celui qui a eu le bon bout dans ia querelle, mais celui qui sera le premier marchó vers son frère en ouvrant les bras. Léon XIII est notre Père aussi, Père spiri- tuel, qui a voué toute sa vie k ses enfants, et qui, ployé par l'kge, s'incline lentement vers la tombe. Nous nous sommes rencontrés de vant lui pour recevoir sa bénédiction, la dernière peut-être.et nous avons déposé kses pieds 1'ofFrande des catholiques beiges. Mais ce père nous demande autre chose, il nous demande plus qu'un témoignage de généro- sité. Nous sommes ses fils.et il veut que nous nous conduisions comme tels, en nous trai- tant les uns les autres comme des frères. Prouvons que nous ne sommes pas des en-

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Journal d’Ypres (1874 - 1913) | 1899 | | pagina 1