mmm 0 ?bS^JJLC z) Mercredi 3 Mai 1899 10 centimes le N°. 84e Année. N0 3439 O L'affaire de Lille Le ler Mai Ce que coütent les grèves On s'abonne rue au Beurre, 36, Ypres, et tous les bureaux de poste du royaume. Le JOURNAL D'YPRES parait le Mercredi et le Samedi. Le prix de l'abonnement, payable par anticipation est de 6 fr, 50 c. par an ponr tout le pays; pour l'étranger, le port en sus. Les abonnements sont d'un an et se régularisent fln Décembrc. Les articles et communications doivent être adrossés franc do port a l'adressa ci-dessus. Les annonces coütent 15 centimes la ligne. Les réclames dans le corps du journal coütent 30 centimes la ligne. Les insertions judiciairest franc la ligne. Las numéros supplé- mentaires coütent 10 francs les cent exemplaires. Pour les annonces de France et de Belgique (excepté les 2 Fiandres) s'adresser a l'Agence Havas Bruxelles, rue de la Madeleine n° 32 et a Pari3, 8, Place de la Bourse. Coup de theatre raté Les feuilles anlicléricales vien- nent, grace au zèle du parquet de Lille, de pouvoir offrir a leurs lec- teurs la primeur d'un coup de theatre, mais d'un coup de theatre manqué, car ces messieurs de la justice ne se doutent probablement point du pas de clerc qu'ils viennent de commettre. Trois personnes qui s'occupaient, dans l'intérêt du Frère Flamidien, de rechercher des renseignements sur les conditions étranges dans lesquclles a été accompli le crime de la rue de la Monnaie, ont été arrêtées a Lille, a la Brasserie Armcnlièroise, par des agents de la police de süreté. Ces personnes sont MM.Duthilloeul, ancien commissaire de police, Georges Degroux et Alfred Soudoyez. Une autre arrestation a été effectuée, celle du tils de M. Duthilloeul, en ee mo ment soldat a Lille, mais ce militaire, qui n'était venu a la Brasserie Armen- tieroise que dans lei;soul but de dire bonjour a son père, et qui ne savait même pas ce dont il s'agissait, a été remis en liberté immédiatement. MM. Duthilloeul, Degroux et Sou doyez ont passé la nuit au violon; leur arrestation a eu lieu, a ce que I on af- firme, d'après les instructions de M. Tainturier, procureur de la Républi- que. Samedi dans la matinee dès le début de 'l'enquête de la Süreté, MM. Degroux et Soudoyez ont été relaxés. lis devront toutefois, a toute invita tion, se mettre a la disposition de la justice. A en croire les feuilles «anticlérica- les», on reprocherait aux trois per sonnes dont nous parions d avoir tenté de suborner des témoins dans le but de déclarer que le petit Gaston Fo- veaux aurait été vu le Dimanche sor- tant de l etablissement des Frères et rencontré, Ie lendemain Lundi, au bois de la Deule, vers !0 heures du matin. La vérité est que, seul, M. Duthil loeul est retenu sous le prétexte, non S>rouvé encore, d'usurpatiou de qua- ité de membre de la süreté. Et il est démontré qu'il n'y a pas en tentative de subornation de témoins. M. Duthilloeul a simplement promis de l'argent aux personnes en question, si, grace a leurs indications, on pou- vait arriver a connaitre la vérité sur le crime de la Monnaie. C'est un moyen de délier les lan- gues qui n'a rieu d'iinmoral et qui ne peut se comparer aux barbares ma noeuvres d'extorsiou d'aveu auxquel- les s'est livré M. Delalé lui-même, dit fa Croix du Nord II n'y a pas une loi qui défende de promettre une recompense, une pri- me, si vous voulez, qui fera lalu- mière sur un crime. Gela se fait en Amérique, en Angleterre, cela s'est j fait souvent en France. Du reste, est-ce que les renseigne- j merits acquis ainsi ne doivent pas fina- lement aboutir au cabinet du juge j d'instruction Nest ce-pas celui-ci qui est appelé j a les contróler ou a les apprécier Et j s'il est sincèrement désireux de con- j naitre la vérité, ne devrait-il pas, au contraire, féliciter et remercier les citoyens qui dépensent leur temps et leur argent pour l'aider a faire la lu- mière? Oü est le scandale en cela Qui sait, d'ailleurs, si le but n'est pas atteint Voila M. Delalé forcé de lever son nez de dessus la piste oü il le tient eu- foncé. La glace est brisée. Un peu d'air extérieur entre en cette affaire qui commencait sentir singulièrement le renfermé. M. Delalé aura des indica tions. il devra contróler les notes et les papiers de M. Duthilloeul, vérifler ses renseignements, examiner les pistes qui y sont indiquées. Le Matin, de Paris, annonce que les repré- sentants catholiques omdéposésur le bureau de la seconde Ciiambre néerlandaise une note collective protestant contre la non-invi- tation du Pape et du président Krüger k la Conférence du désarnaement. Si cette note est exacte, il en faudrait nouclure qu'effectivemem le St Siège n'a pas été invité k la Conférence pour la réduction des armements. Pareiile exclusion appellerait d'univer- selles prolestations dans le monde catholique, el metirait nu le pharisaïsme dont usaient les gouvernements et la presse libérale, cbaque fois qu'ils aftectaierrt, a l'égard du St Siège. des semiments avec lesquels ne s'accorderait guère l'exclusion dont il s'agit. Les journaux de Londres consacrent de longs articles k l'entente anglo-russe et s'en féiicitent, rnais non pas tous sans ïéserves En dehors de la Chine, écnl ie Times, d'autres litiges sont pendants entre l'Angle- lerre et la Russie. Si le texte de i'arrange- ment aciuel donne satisfaction, ii est proba ble que toutes les autres difficultés seront réglées peu k peu k la satisfaction des deux pays, li s'agira pour cela de les discuter dans un esprit de conciliation et de confiance mutuelle. Moins optimiste, le Daily News demande ce que deviennent en présence de cette con- venuou les principes de la porteouverte» Les deux puissances, objecte ce journal, s'accordeni une entière égalité de traitement sur les chemins de fer situés dans leurs sphères d'influence. Si l'arrangement leur donne satisfaction, c'est que les ministres abaiidonnein l'objet principal de leurs diffi cultés. Dans ces conditions l'entente négligé, les difficultés futures. Le Standard se préoccupe de la question de s ivoir quel röle sera réservé au Tsung-li- Yamen entre la Russie et l'Angleterre. D'autre part, eet organe n'a pas ses apaise- ments pour l'avenir Les finances et la politique russes ont des rapports trèsétroits et est probable que l'argent anglais sera plaeé dans l'entre- prise de chemins de fer asiatiques. Or, qu'ad- viendrait-il si ces chemins de fer, une fois terminés, doivent subir des desseins hostiles au commerce et au prestige britanniques Ce sera k lord Salisbury k répondre k ces questions embarrassantes lorsqu'elles lui seront posées au parlement. On ne saurait cependant pas supposer que le gouvernement anglais n'ait pas envisagé pareiile éventualité. L'imprévoyance est le dernier reproche k faire aux gouvernants britanniques qui ne rêvent qu'k Texpansion de leur influence et aux moyens de lui don- ner des appuis solides. On peut dire que le «l"Mai» est mort les poiiticiens socialistes 1 'ont tué. De cetie grande manifestation internationale qui, is sue du congrès de 1889 devait aller sans cesse grandissant et montrant la force crois- sante du monde du travail, il ne reste plus dans certaines localités que quelques fêtes de quartier, des promenades, des retraites aux flambeaux qui transformed le 1" Mai eu une sorte de ducasse supplémentaire. Cette date pourra encore donner lieu k des incidentselle a perdu sa portée et son caraclère; elle ne dépend plus que des fails divers, et nous la notons k titre de re portage. En Belgique, dans les centres houillers, oil la giêve sévit en ce moment,des cortèges avaient été organisés, des meetings les om précédés. A Charleroi, le député socialists Fagnard k Cüatelet, le dépuié Emile Van dervelde; k Gilly, Léon Furnémoni ont en- gagé les mineurs k la résistance. Des cortèges ont ensuite défilé dans les runs, précédés pour la plupart de fanfares ou d'harmonies. A Frameries, una cavalcade a eu lieu. Un riombre considérable de Borains sont arrivés dans cette commune, oü le député Maroille, faisant functions de bourgmesLre, avait re- quis d'importantes forces de gendarmerie. A Liége, le bourgmestre avait interdit tout cortège et tout rassemblement. Les sor.ialistes ont célébré le ler Mai dans les locauxde la Maison du Peuple. Un grand meeting a eu lieu k 2 heures, suivi d'un con cert. A Charleroi, un cortège a parcouru la ville. Parmi les manifesiants se troüvaient beaucoup de femmes et d'enfants, quichan- taient la Carmagnole et criaient de temps en temps: Vive la grève! II n'y a eu aucun désordre. Dans les commuues des environs, les ma nifestations out éfalement été trés calmes. En France, c'est également le calme le plus complet qui a régné partout. A Paris, un certain nombre de rénnions avaient été organisées par les différents groupes socialistes révolutionnaires. On y a pariéde... l'affaire Dreyfus Pas d'inci- dents. Les ouvriers mineurs du Pas-de-Calais ont travaillé dans toutes les concessions,sauf k la Compagnie d'Ostricourt, oü, sur 700 ouvriers, on comptait une centaine de des- centes. A Roubaix, la municipaliié collectiviste, rompant cette année avec ses habitudes an- térieures, a décidé que la féte du ler Mai se- rait reportée au Dimanche. Aussi la journée a été d'un calme absolu k Roubaix, et on a travaillé comme k l'ordi- naire. On signale dans tout le reste de l'agglo- roération de Roubaix-Tourcoing la même indifférence k l'égard de la manifestation du 1" Mai. De l'étranger les dépêches ne signalent aucun incident marquant. Le 1" Mai en tant que manifestation révolutionnaire et malgré les excitations so cialistes, a décidément vécu. L''Office du Travail frangais vient de publier des statistiques auxquelles la grève actuelie de nos mineurs donne un intérêt tout spécial. II s'agit du relevé de toutes les journées de chömage voulu, de 1874 k 1896. Pour la France on constate pendant les six premières années de cette période, une moyenne annuelle de 162,000 journées de travail perdues. En comptaut la journée k 3 francs, ce qui est un chiffre bien modeste, on arrive k une perte sèehe de 490,000 fr. par année. Mais, k ce moment, le mouvement gréviste était encore relativement peu accentué. Moins beltiqueux et d'ailleurs moins armés, les ouvriers hésitaient plus k entreprendre la lutte. Quelques années après, en 1882-85, la proportion est autrement forteelie atteint annuellement 2 millions et demi. De 1890 k 1893 le nombre de journées de travail perdues s'élève a 1,726,000, repre sentant environ 7 millions de salaires. En 1893, la grève arrête 170,000 ouvriers pendant 3,174,000 jours. La perte re pré sente environ 13 millions. L'année 1894 a moins donué, mais repré- senie 4 millions et demi dn privation de paye. En 1896, un progrès est k enregistrer: 664,000 journées de travail perdues^ seule- tuurt. Enfin, si l'on considère que la grève des terrassiers et des ouvriers du bktiment n'a pas duré moins d'un mois et qu'elie a immobilisé, certains jours, jusqu'k 80,000 travailleurs, on peut conclure que l'année 1898 figurera pour une place plus apprécia- blfi dans cette facheuse statistique. Cette situation n'est pas, bien entendu, spéciale k la France. Voyons, par exemple, ce qui est résulté. en Belgique, de la grève du Borirrage en 1897. Cette grève a duré trois semaines pour le Borinage tout entier et s'est prolorigée dans certains districts ouvriers jusqu'k six 0- Wk&krh

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Journal d’Ypres (1874 - 1913) | 1899 | | pagina 1